De quoi Emmanuel Macron est-il le nom ?

Lepoint.fr, 21 April 2016

Quand un homme de droite prétend dépasser l’opposition entre la gauche et la droite, on appelle cela du fascisme. Quand un homme de gauche fait de même, on appelle cela de la modernité et de l’audace. Emmanuel Macron en est le dernier modèle en date : jeune, charmant et soi-disant innovant, il n’aurait peur de rien, n’aurait pas d’étiquette partisane et, pour cette raison, serait voué à un avenir politique radieux.

Macron nous plaît pour trois raisons, aux racines légitimes, mais auxquelles il n’est qu’un simulacre de réponse. Tout d’abord, il rencontre parfaitement la volonté diffuse, dans notre pays, de dépasser les idéologies et leur confrontation. Il dit rechercher les bonnes idées à droite et à gauche. Mais c’est un mirage. Penser pouvoir dépasser les oppositions idéologiques dans tous les domaines est une idée dangereuse : de l’économie aux questions de société, en passant par la politique étrangère, les oppositions d’idées sont non seulement inévitables, mais nécessaires à la santé de la démocratie. Surtout, que la gauche puisse être libérale au plan économique n’a rien d’une hérésie, ni d’une nouveauté, et elle compte de brillants précurseurs en la matière, comme l’économiste Jean-Marc Daniel. Macron est un vrai progressiste, sur tous les plans : il a donc une idéologie.

Une parfaite illustration de la perversion du « système »

Ensuite, Macron serait la preuve que la machine politique des partis et des élections ne serait plus fonctionnelle ni légitime. Quel bon ministre, nous dit-on, alors qu’il n’a jamais été élu ! La démocratie des experts a toujours fasciné, mais elle n’a cessé aussi de décevoir – voyez l’Union européenne, qui en est un bel exemple. Qu’on le veuille ou non, nos démocraties occidentales sont fondées sur la représentation nationale, et la capacité de chasser du pouvoir les élus décevants. Au-delà, Macron n’existerait pas sans cette machine : créature de François Hollande, il est plutôt la parfaite illustration de la perversion du « système ». Et il entrera dans ce système par la grande porte, car il finira par se présenter devant les urnes, après nous avoir fait croire que les urnes ne valaient plus grand-chose.

Enfin, Macron répondrait au besoin de renouvellement de la classe politique. À bas l’establishment ! Mais son pedigree et ses amitiés politiques nous crient le contraire : il est la personnification de l’ancien monde, sans pour autant l’assumer.

Que signifie Emmanuel Macron ? Beaucoup de choses de notre temps. S’il exerce une telle attraction, c’est que les trois raisons que j’ai citées méritent qu’on s’y attarde – simplement, elles demandent plus de temps et de réflexion qu’une simple table rase. Surtout, que Macron soit l’emblème de leur bouleversement est au mieux une illusion, au pire un mensonge.

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