Manuel Valls, la tentation de l’Eurostar

Le Point, 7 August 2014

Le parcours du Premier ministre n’est pas sans rappeler celui de son homologue britannique. Mais cette analogie pose la question de savoir si le PS saura se réformer comme l’a fait le Labour.

Manuel Valls n’est pas éloigné de cette tendance : en 2009, il n’hésitait pas à juger, courageusement, le mot de socialisme dépassé. Ses écrits, et certains de ses actes, le montrent social-libéral, désireux de s’adapter à la mondialisation, prêt à dépasser l’étatisme traditionnel de la gauche et inflexible sur les questions de sécurité.

A l’émancipation collective portée par la gauche historique il préfère ce qu’il nomme l’« autoréalisation de l’individu ».

Ce rapprochement présente toutefois des difficultés. En premier lieu, Tony Blair a montré toute la mesure de son talent au pouvoir, quand Manuel Valls vient seulement d’y accéder. Ensuite, les régimes sont différents – d’une part, parlementaire; d’autre part, semi-présidentiel. Enfin, le paradoxe veut que même si Tony Blair souhaitait dépasser les idéologies, cette position a débouché sur des idées intéressantes et nouvelles. Tony Blair n’hésitait pas à s’entourer d’intellectuels comme Anthony Giddens. Manuel Valls, qui se veut lui aussi post-idéologique, manque de l’épaisseur intellectuelle nécessaire à la construction d’un véritable programme.

Toutefois, l’analogie entre Manuel Valls et Tony Blair peut revêtir un sens plus large, et soulève la question de savoir si le socialisme français sera capable de se réformer autant que le Labour. Dans sa doctrine, en tout cas, il est en bonne voie – il n’y a qu’à regarder l’évolution des déclarations de principe du PS depuis celles de la SFIO en 1905, qui sont passées de l’apologie de la révolution et de la lutte des classes à l’affirmation, en 2008, que « le but de l’action socialiste est l’émancipation complète de la personne humaine » et non celle de la seule classe ouvrière. Le PS tolère désormais une économie de marché qui soit régulée.

Les récentes annonces d’Arnaud Montebourg, par ailleurs, semblent s’inscrire dans cette évolution, puisque ce dernier prend acte de ce que la concurrence est un gage de pouvoir d’achat pour les consommateurs. On attend aussi une simplification du Code du travail, annoncée par Manuel Valls, pour « rendre le fonctionnement de l’économie (…) plus efficace », et le Premier ministre n’hésite pas à se démarquer des syndicats si nécessaire.

Le véritable enjeu, toutefois, réside ailleurs. Pour que le socialisme se réforme, ne faudrait-il pas qu’il se heurte à une droite très libérale, dont il serait forcé d’accepter les principaux acquis, tout en voulant en adoucir les conséquences ? Margaret Thatcher n’avait-elle pas affirmé, avec un brin d’humour, que sa plus grande réussite avait été “Tony Blair et le New Labour” ? Il est donc paradoxalement bien plus difficile pour la gauche, comme c’est le cas en France, d’avoir devant soi une droite peu libérale et à tendance bonapartiste. Pour faire exister le social-libéralisme, les socialistes devraient donc réussir le tour de force d’être Blair et Thatcher à la fois – baisser les dépenses publiques, favoriser la compétitivité des métropoles tout en redistribuant dans la France dite périphérique.

La tâche ne sera pas simple et, surtout, quelle que soit l’ampleur du changement opéré par le PS, rien ne se passera sans que ces changements soient conduits par le président de la République en personne. Ce qui nous ramène, de fait, à Manuel Valls.

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